
Le matin du 6 octobre 2022, larmes de joie. L’écrivaine Annie Ernaux, 82 ans, est la 17e femme depuis 1901 à recevoir le Prix Nobel de littérature. À l’annonce de son prix, «… recevoir ce prix est pour moi une responsabilité, continuer un combat contre les injustices […] injustices par rapport aux femmes, par rapport aux dominé.es…»1
« L’intime est encore et toujours du social,
parce qu’un moi pur, où les autres, les lois, l’histoire
ne seraient pas présents est inconcevable. »
Annie Ernaux
L’écriture comme un couteau.2
IL NEIGE des feuilles au parc Nicolas-Viel il neige des feuilles sous un ciel de plus en plus sombre sous mes pieds craquent les feuilles du côté de la rivière assis à une table de pique-nique deux hommes deux bières et de l'autre côté les dernières balles de tennis rebondissent je croise deux femmes aux pas accordés à celle plus âgée son bras arrimé à celui de la plus jeune malgré un pas de côté pour les laisser passer mon bras frôle celui de la vieille dame au même instant le vent soulève les feuilles et recule au temps ma mère et moi mon coeur se fripe avant la pluie avant que le ciel tombe dans la rivière revenir à la maison feuilleter Le Devoir Comment est ta peine ? demande Nathalie Plaat3 quelques jours plus tard pendant que les gens ramassent les feuilles je ramasse mes peines que je traîne sous le soleil près de l'étang du parc Ahuntsic sur une pierre grise je m'assois un garçonnet et une fillette se tiennent par la main les mamans suivent toutes les deux un cellulaire à la main une des mamans relève la tête vers les enfants j'entends « vous êtes beaux cousin, cousine à vous tenir la main » le petit garçon répond « je la protège des crocodiles » l'autre maman, loin derrière, ne lâche pas le petit écran je regarde du côté de l'étang il n'y a que des goélands j'ouvre mon sac à dos je sors un des livres La vérité sur la lumière4 de l'écrivaine islandaise Auður Ava Ólafsdóttir un jour - entre les vagues de la Covid - en entrevue l'écrivaine islandaise qui parle français « on est confronté constamment à quelque chose d'imprévisible, les éruptions, les tempêtes, le temps qui change cinq fois par jour, donc on reste plutôt stoïques pour affronter les catastrophes naturelles, alors que pour les petites choses quotidiennes de rien, on s'affole...»5 j'ai toujours su que je n'étais pas née sur une terre adaptée à mon humeur Islande « île noire » quand elle prend l'avion à son retour sur l'île volcanique elle plante des arbres6 les Vikings au IXe siècle venus de Norvège colonisent cette terre inhabitée tombent les arbres s'élèvent les maisons disparaître apparaître je me lève sous une vague de chaleur et pourtant c'est fin octobre avant la sortie du parc une tente verte et bleue presque cachée sous les branches d'un pin personne sauf une traînée de déchets une épine alourdie ma peine je marche vers une rue tranquille ses trottoirs tapissés de jaune rouge or les maisons décorées pour l'Halloween un chat noir traverse la rue un homme change les pneus de son auto dans ma tête « pouvez-vous changer mon humeur? » je traîne les pieds dans les feuilles jusqu'au moment où l'éclat rouge framboise d'un arbuste me chavire une dame avec son râteau à feuilles trop curieuse je m'arrête et lui demande « quel est le nom de ce bel arbuste ? » elle le regarde « oui, si beau... je suis désolée, mais je ne sais pas... nous vivons ici depuis quelques années et il était là quand nous sommes arrivés. (silence). Vous me faites réaliser que je suis une analphabète des plantes qui sont sur notre terrain...» (un autre silence) à mon tour de lui dire « je suis aussi une analphabète des plantes et de bien d'autres choses de la vie... » et nous rions la dame au râteau quelques pas vers l'arbuste et quelques pas, revient vers moi « voilà pour vous » avec délicatesse sur les lignes de ma main une feuille rouge framboise je la ramène chez moi à côté de l'ordinateur je cherche et je trouve Euonymus alatus nom commun : fusain ailé les jours passent un matin feuille du fusain ailé recroquevillée en coeur
Christiane
Le 31 octobre 2022
© 2022 Espace Mouvant – Christiane Martin
(Sources : voir page 2)


Chère Christianne, ton texte virevolte comme les feuilles d’automne, un texte du quotidien magnifier par tes mots. J’adore te lire il n’y a aucun doute pour moi tu es une écrivaine qui s’ignore. J’attends tes prochains mots qui nous soulèvent comme le vent.
Amitiés belle amie
xx
Chère Lorraine, toi, qui fait virevolter les couleurs sur tes toiles, merci d’être dans ma vie et dans mes mots. Amitiés,xx
Allô Christiane,
On dirait un voyage dans un album photos ton texte. Je le relirai en soirée, tranquillement.
Bonne fin de journée,
Line xxxx
Merci Line, peut-être qu’en soirée, le jour tombé, tu en feras un autre relecture ! Tu me diras. Amitiés,xx
Ton écriture, avec juste les mots essentiels, est incroyablement efficace pour partager les paysages intérieurs, sombres, lumineux ou en demi-teintes 🙂
Un grand merci pour ce partage Christiane ❤
Et un grand merci à toi, Nicole, ton regard d’artiste me touche beaucoup. Amitiés xx
Chère Christiane!
L’automne rend ta plume très poétique pour notre plus grand bonheur.
On y perçoit presque l’odeur des feuilles.
Merci!
Merci beaucoup Claude! ta présence à mes mots « odeur des feuilles ». Bel automne à toi. Amitiés xx
Enfin prendre le temps de te lire ce soir.
Merci Christiane pour ces tableaux sur ta vie…plein de sensibilité.
Je te serre pour faire fondre un peu de ta tristesse.
À bientôt
Suzanne
Chère Suzanne, merci beaucoup de suivre mes mots et cette tristesse qui m’habitait au moment de l’écriture. Amitiés, Christianexx