PETITE HISTOIRE D’UNE TEMPÊTE DE NEIGE

Photo : Marie-Josée Côté

Un épais brouillard de flocons. J’ai un rendez-vous médical. Je laisse l’auto dans le banc de neige. Je marche vers un arrêt d’autobus. Des têtes enfouies sous les chapeaux, tuques ou capuchons. Une femme, toute emmitouflée, en avant de moi. Elle marche tout doucement. La seule d’ailleurs. Les autres piétons, fuir la tempête.

Dans chacune de ses mains, un sac de la pharmacie. Dans sa main gauche, des couches pour bébé. J’accélère mes pas. Je la dépasse. J’accroche le sac de couches. Je me retourne,  je m’excuse. Des yeux si noirs dans cette blancheur. Elle me dit quelque chose, un murmure, dans le bruit des autos. Et ce qu’elle dit semble plus long que « c’est rien ». Je m’arrête. Je n’ai pas compris. Je m’arrête. C’est surtout son sourire. Quand tu vois un sourire comme ça dans une tempête comme ça tu te dis il n’y a rien qui presse. Alors, j’attends qu’elle soit à mes côtés et encore une fois, je lui dis, je m’excuse. Mais cette fois-ci, pour lui dire – je n’ai pas compris vos mots -. Elle dépose ses sacs, sur le trottoir, dans la neige folle d’une première tempête, devant une inconnue.

Elle : c’est ma première neige.

Moi : Oui, c’est la première grosse tempête à Montréal.

Elle : oui, je sais.

Dans le silence des flocons.

Elle : Et c’est la première fois que je vois de la neige.

Moi : ah….

Moi : d’où venez-vous ?

Elle : Haïti. Nous sommes arrivés en septembre. Nous attendons les papiers.

Moi : une famille ?

Elle : mon mari et mes deux enfants. Un an et trois ans.

Elle regarde vers le ciel. Des flocons embrassent ses lèvres.

Ses yeux noirs reviennent vers moi.

Moi : voulez-vous attendre l’autobus avec moi ?

Elle : Non. Je marche. J’ai dit à mon mari. Tu restes avec les enfants. Je vais faire des courses dans la tempête. Je prends mon temps. C’est si beau. C’est ma première neige.


« J’ignore qui vous êtes.
Je sais seulement que vous avez toujours été là,
dès que j’ai donné ma main à l’écriture »
Christian Bobin. Un bruit de balançoire.

 

Les mots sont des flocons de neige. Un à un. Les flocons deviennent un banc de neige. Les mots deviennent des phrases, des histoires. Vous qui suivez Espace Mouvant, prenez mes mots avec vos yeux, votre coeur, je vous remercie de votre présence, de votre soutien, par vos « J’aime », vos partages, vos ressentis ou vos silences.

Je ne suis pas une femme du temps des fêtes, ni de résolutions. 2018 sera la continuité de nos pas. Des pas qui nous font trébucher. Nous nous relevons. Des pas d’un amour qui n’est plus. Des pas perdus. La main d’une amie. Des pas dansant l’imperfection de qui nous sommes. Des pas espérés. Des pas qui pleurent. Des pas qui rient. Des pas aux multiples questions. Chercher. Ne jamais penser connaître l’autre. Des pas désordonnés. Espace nouveau. Page blanche. Créer.

Je nous souhaite de la Paix. Celle qui commence en nous.

Je nous souhaite la grâce de l’émerveillement de cette femme rencontrée sous un brouillard de flocons de neige au début de décembre. Sa première neige.

D’un battement de coeur, Tchin Tchin,
Dans les yeux, Tchin Tchin,
Oxygène pour la terre.
SANTÉ. Tchin Tchin.
Un Noël joyeux ! Année 2018 en douceur !
MERCI À VOUS !

Christiane

Le 25 décembre 2017
Tous droits réservés ©2017 – Espace Mouvant – Christiane Martin

4 Replies to “PETITE HISTOIRE D’UNE TEMPÊTE DE NEIGE”

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