Olivier et Ray

Ray

5 avril 1940 – 18 juin 2016

Tell me why can’t I be there where you are
Show me the meaning of being lonely
Is this the feeling I need to walk with?
Tell me why I can’t be there where you are
There’s something missing in my heart
Backstreet Boys – Show Me The Meaning

Olivier,

4 semaines que tu es parti avec ta maman Marie-Josée, ton frère Raphaël et ta sœur Maxime.

Costa-Rica. 3 mamans. 9 enfants. 5 mois. La Tribu. Quelle belle expérience à vivre. Je pense souvent à vous.

Ton papa, Michel, est resté au Québec. Il ira vous rejoindre en octobre pour quelques semaines. En attendant, il y a Facetime. Un lien entre vous. Tu es chanceux, Olivier. Facetime n’existe pas, là où est Ray. Il me manque.

Oli&Ray
Olivier et Ray. Été 2015

Je pense beaucoup à toi. Une photo. De ton visage et celui de Ray. Tu sais, celle où tu lui fais un bisou. Tellement belle. Deux visages. L’enfance. La vieillesse. L’enfance et le début de la vie. La vieillesse et la fin de la vie.

 

 

 

Je ne sais pas si tu te souviens, Olivier. Il y a deux moments, entre toi et Ray, qui sont collés dans mon cœur.

Montréal. Septembre 2014.

Nous sommes dans les boîtes, Ray et moi. Le déménagement vers une résidence pour nous faciliter la vie. Des objets, des meubles à donner.  Des livres à mettre dans les boîtes. Un beau dimanche plein de soleil. Au matin, tes parents vous disent qu’ils viennent nous aider. Ça ne fait pas votre affaire. Jouer avec vos amis, c’est ben plus le fun, que d’être à Montréal chez Ray et Tantine.

Tantine et Ray ont besoin d’aide. Et dans la vie, il faut aider les autres. Même si on veut jouer avec ses amis et rester à la maison, aider c’est plus important.

Un regard de maman avec ces mots, tu n’as rien à dire. Tu dis – oui – et tu vas à Montréal chez Tantine et Ray.

Vous arrivez. Il y a plein de boîtes par terre. Des livres. Ta maman et ton papa transportent des meubles dans le camion. Raphaël et Maxime mettent des livres dans les boîtes. Ray sourit de voir tout ce monde autour de lui. Toi, Olivier,  tu tournes autour de Ray. Tu questionnes tout. Le déambulateur de Ray. Comment ça fonctionne ? À quoi ça sert ? Pourquoi Ray tu as besoin de ça ? Toi, en français. Lui, en anglais. Je traduis. C’est là que votre complicité est née.

Le camion est plein. La famille repart avec le soleil de fin d’après-midi.

Retour vers votre maison. Durant le trajet –  c’est ta mère qui m’a raconté -, vous avez aimé votre après-midi. Tant de plaisir à remplir les boîtes de livres. Dans vos mains, des bibelots de Ray. Des souvenirs de lui. Est-ce que vous les avez encore ? Olivier, n’oublie jamais, jamais, ceux qui ne sont plus avec nous.

Laval. Juin 2015.

Encore une fois toute votre famille s’est amenée pour nous aider. Il faut faire de la place. Enlever des meubles de la chambre à coucher pour l’arrivée du lit électrique.

Ray est triste. Ses meubles, depuis près d’un an, s’en vont ailleurs. Sa vie s’envole.

L’heure du souper. Ton frère, ta soeur et toi, assis sur sur le divan. Ça ne tente plus de jouer. Tu tournes le dos à Raphaël et Maxime. À genoux sur le coussin, tu regardes Ray. Avec ta voix d’enfant de 6 ans, est-ce que Ray va mourir bientôt ?

Je réponds. Oui, il est très malade, mais on ne sait pas. Ni le jour. Ni l’année. Même pour nous, on ne sait pas quand ça viendra. La mort.

Tu nous regardes. L’un après l’autre. Et je dis : qu’est-ce que ça te fait que Ray soit malade ?

Et tu me réponds.

Ray, je l’aime. Il n’est pas mon grand-papa. J’en ai déjà deux. J’aime papi Roch. J’aime papi Denis. Ray est vieux et a une barbe. Je ne le comprends pas. Je ne sais pas si c’est parce qu’il parle anglais ou qu’il ne parle presque plus. Il sourit. Il aime les câlins.

Un silence. Je sens que tu veux continuer. Et nous tous, autour de la table. Nous attendons. Ça bouille. Tes joues rougissent. Tu enfonces le devant de ton petit corps dans le coussin. Ta tête avance. Tes yeux plongent vers Ray.

Ray est malade. Ça me fait de la peine. Mon cœur y pleure. Je pense à lui quand je ne le vois pas. Je n’ai pas le goût qu’il meurt.

Quelques instants sans mots. 4 adultes. 3 enfants. Je coupe le silence. Oliver, qu’est-ce que ça veut dire mourir pour toi ?

On meurt pour toute la vie. Quand Ray va mourir, tu vas être toute seule, Tantine. Il ne sera pas avec toi. Qu’est-ce que tu feras ?

Un an plus tard, Olivier, sage Olivier, un an plus tard, tu es au Costa-Rica.

Tu sais, Olivier, quand ta maman, Marie-Josée, nous a annoncé son projet de voyage

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Raphaël, Maxime, Olivier et Ray. Anniversaire de Ray, avril 2016.

communautaire au Costa-Rica. C’était à l’automne 2015. Partir de juillet à décembre 2016. Dans l’espace de quelques secondes, Ray a dit : je ne serai pas là à leur retour.

Tu vois, Olivier, Ray s’en est allé.

3 semaines avant votre départ.

Dans un trou noir.

Toi, au soleil.

Et moi, seule.

Je suis seule.

Christiane

Le 8 août 2016

Tous droits réservés © 2016  Espace Mouvant - Christiane Martin

10 Replies to “Olivier et Ray”

  1. Chère Christiane, la justesse des mots choisis, ta sensibilité et le réalisme avec lequel tu décris les situations, arrivent toujours à pénétrer mon âme. Ton amour pour Ray est magnifique et je sais que ton homme a été heureux jusqu’à la fin.
    Je t’embrasse ma belle !

    1. Cher Nicolas, merci de prendre le temps d’écrire ce que tu ressens à me lire. Tes mots mettent un baume à ma tristesse. Mais, tu vois, depuis que le texte est publié, je me sens plus sereine. Danser, écrire, peindre, sculpter, ou tout autre art, sont des gestes d’ouverture à soi, à ce que l’on ressent et à transmettre à l’autre qui sait les prendre, à se laisser émouvoir, comme toi. J’espère que tu vas bien et que tu es heureux. Bises à toi. Abrazos, Christiane

  2. Super beau texte Christiane. Je suis bouleversé ce matin après cette lecture, je n’était ps prêt pour ça. Très touchant pour moi. Plusieurs beaux souvenirs repassent dans ma tête.

    1. Merci Michel. Merci à toi d’être si présent dans notre vie à Ray et à moi, et encore et toujours, tu continues avec moi. Merci d’être un père et un conjoint si aimant et généreux pour ma nièce, Marie-Josée, et vos 3 magnifiques enfants. Vos enfants apprennent beaucoup de vous deux. Vous savez transmettre des valeurs si importantes que notre monde a tant besoin. Merci, xxxx

  3. Chère Christiane, espace mouvant et émouvant en effet: je me/te sens à la fois si proche et si loin… la p’tite vie trépidante qui mange le temps, celui que j’aimerais consacrer à ceux que j’aime: belle et inspirante Christiane!

    1. Véronique, si je continue à écrire, si je continue à exprimer ce que je vis, si je continue à moins me sentir seule, si je continue tout simplement à respirer les mots des autres qui me donnent tant de réconfort, c’est toi, même au loin, tu es si près de moi et j’en ai besoin. Merci de m’écrire.

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