Douceur, douceur, es-tu là ?

Il ya quelques semaines, je jasais avec une tendre amie et lui racontais une histoire. Celle de mon Homme et moi. Dans la salle d’attente du bureau de son neurologue. L’expérience vécue était la douceur. Que le monde serait meilleur, lui disais-je, si plus de douceur.

Je reviens à la maison. Va vers l’ordi. Ouvre Facebook. Dans ma page, quelqu’un a ajouté ce lien :  Le temps des rustres, texte de Josée Blanchette, Le Devoir, 11 octobre 2013. Un texte sur l’éloge de la douceur. Son inspiration, un livre par Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste. Le titre : Puissance de la douceur (Collection : Manuels Payot).

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Synchronicité… conversation avec l’amie sur la douceur, texte de Josée Blanchette et l’une de mes passions, l’éducation somatique (et vous pouvez lire un texte que j’ai écrit L’éducation somatique ou revenir à soi… à la santé pour le blogue de l’École québécoise de formation en éducation somatique.

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Voici l’histoire vécue.

Un après-midi. Début octobre. Ray, mon Homme, et moi. Bureau de son neurologue. En attente. Longue attente. Et dans cette attente, avoir l’intention de faire du bien à mon bien-aimé – qui de plus en plus son thorax va vers l’avant -. L’attente, parfois, ça te fait pencher vers l’avant. Comme je vis l’éducation somatique au quotidien, mon corps s’avance vers lui.

Doucement, ma main droite sur son sternum. Ma main gauche dans son dos, je dessine chacune de ses vertèbres. Après quelques minutes, je prends ses mains. J’explore chacun de ses doigts. Je les touche, je les sépare, je déroule, j’enroule. Son poignet se relâche Sa main se détend. Et dans l’attente qui toujours continue. Pourquoi ne pas oser, être à ses pieds. Lui faire sentir le sol. Caresser ses chevilles. Tout ça, dans la salle d’attente de la clinique neurologique de l’Hôpital général juif.

L’amour, ça se vit, ça se respire, partout !

Et à côté de nous…

Il faut vous dire, qu’à côté de nous, il y a un homme et une femme. Une femme qui semble souffrir. La sclérose en plaques ou la maladie de Parkinson, je ne sais… Mon intuition me dit, sclérose en plaques, et vous savez pourquoi, j’ai ce feeling… Ray a la maladie Parkinson, et moi, la sclérose en plaques.

L’homme est avec son appareil – soi-disant intelligent -, il texte, il cherche sur internet, ne regarde pas beaucoup la femme, quand elle lui parle, lui, répond vaguement, très machinalement et de façon très impersonnelle. La femme ôte ses lunettes. Elle pleure. Elle prend son pied. Elle dit à l’homme – qui est son conjoint, que je comprends, de par la conversation pas très intime dans une salle d’attente d’une clinique neurologique d’un centre hospitalier.

J’ai mal. Beaucoup mal. Lui de lui répondre. C’est pas la première fois. Ça ira.

Et moi. Avec mon Homme, toujours à le toucher, à bouger une partie de lui, à le questionner sur ce qu’il ressent quand je le touche là, là ou là ??

Je vois bien que la femme qui pleure nous regarde…

Et soudain…

Une secrétaire s’inquiète. Vient à nous. ll y a un problème, dit-elle ? Non, lui dis-je. Ray et moi, nous nous amusons ! je lui fais du bien … en attendant.

C’est là que l’homme avec son téléphone-intelligent, du coin de l’oeil, (hum… sceptique) a regardé le couple à côté de lui. Ray et moi.

Je sentais que mon Homme était plus détendu. Son dos appuyé sur le dossier de la chaise. Sa respiration plus tranquille. Je me suis levée et me suis assise à côté de lui. Ma main dans la sienne. Ma tête sur son épaule. Nos respirations synchronisées.

Attente.

Apprendre.

Aimer. 

Après quelques minutes de ce repos amoureux, ma tête a quitté l’épaule de mon Homme..

Et voilà. Mes yeux ont vu…

L’homme, celui avec son téléphone-intelligent (qui je crois ne rend pas nécessairement l’être humain plus intelligent, mais ça, pourrait être le sujet d’une autre histoire), avait lâché son bidule. Oui. Et vous savez quoi ? Cet homme – au téléphone-intelligent -, voilà que maintenant, ses mains, oui, ses deux mains, faisaient un massage au pied souffrant de sa femme.

Chérie, mais tu as le pied tellement froid, lui dit-il ? L’homme dont la femme pleurait depuis quelques temps.

018La douceur. Comme quoi, la douceur, ça se montre, ça se donne, ça se vit, ça se transmet, ça se bouge. Et le monde serait meilleur.

Christiane

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Note : j’avais écrit ce texte il y a quelques semaines dans un souffle d’une quinzaine de minutes. Certaines personnes de mon entourage ont déjà reçu ce texte. Je me permets de le partager à nouveau comme deuxième texte de mon blogue, avec quelques modifications.

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