FILLE DE NOVEMBRE, FILLE DE DÉCEMBRE

Image par Dumitrița Albu de Pixabay 

Avant-propos

Ce n’est pas une histoire de Noël. Écrire n’est pas toujours une coulée de caramel. Au départ, ce texte se voulait une réflexion sur mes 60 ans. À un certain moment, une troisième main a pris le dessus, j’ai tenté de la tasser, elle était si obstinée… J’ai lâché le texte plus d’une dizaine de fois, Il ne me laissait pas dormir. Et puis, n’en pouvant plus de ne pas dormir, je suis retournée devant la fenêtre de mon bureau et je me suis accrochée au chêne, lui qui m’accompagne depuis ces trois dernières années dans l’écriture.

Merci à vous mes  amies, qui depuis plus de deux mois, êtes si patientes, et me faites cadeau d’une écoute si généreuse. Merci à vos yeux qui lisent, – j’suis pas capable, y me rend folle ce texte, y’a pas de structure, ça va dans tous les sens, j’suis mêlée dans mes temps de verbes, je ne veux pas parler de ça, je n’ai pas dormi à cause de lui (le texte) y’a l’air d’une soupe aux légumes,  j’peux pas publier ce texte avant les festivités du temps des fêtes, j’en peux plus, j’haïs mon style d’écriture, j’écris toujours de la même façon, je veux écrire de belles longues phrases, d’la poésie telle une bruine, je le mets à la poubelle (plus d’une fois)… et ainsi de suite.

Et merci à ma Muse anonyme, celle qui sans le savoir a poussé mon cœur et mes doigts sur les touches du clavier quand j’étais sur le point de ne plus écrire. 


 « moi, en 89, je pensais que je n’avais pas besoin
de dire que j’étais féministe
parce que j’avais l’impression que tout était acquis.
Et aujourd’hui en 2019,
ça se peut que mes filles pensent que c’est acquis…
c’est pas vrai. »

Nathalie Provost,
survivante de la tuerie Polytechnique du 6 décembre 1989. 1

« Et j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver
à un monde différent et à le préparer.
Un monde plus équitable.
Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux
et plus honnêtes envers eux-mêmes.
Et voici comment commencer:
nous devons élever nos filles autrement.
Nous devons élever nos fils autrement.»

Chimamanda Ngozi Adichie, écrivaine et féministe,
Nous devrions tous êtres féministes 2


Premier jour de novembre, sortie du lit depuis quelques minutes, debout près de la fenêtre, mes doigts écartent les rideaux. L’humidité de l’automne a pénétré l’appartement, le plancher de la chambre à coucher est froid, mes orteils se recroquevillent. Il est temps de partir le chauffage. Le lit défait, y retourner et me réchauffer, j’hésite.

Je reste près de la fenêtre.

À chaque année, mon horloge interne  imite l’automne, j’entre  dans une dépression météorologique. Les journées rapetissent. Mon dedans aussi. Ce matin, le chêne n’est plus le même. Hier soir, les grands vents et une pluie torrentielle sont passés.

Le chêne est nu.
Ou presque.
Le chêne a 63 ans.
Dans quelques jours, je marcherai avec mes 60 ans.

Je suis Marie Madeleine Christiane, née le 8 novembre 1959. Un dimanche, le jour du Seigneur. Heure inconnue.

Ma mère avait un petit cahier ligné beige de naissance où était inscrit pour chacun de ses enfants, les dates et les heures de nos arrivées dans le monde. Près de mon prénom, il y avait la date mais l’heure était absente. J’ai souvent demandé à ma mère « à quelle heure suis-je née ? ». La réponse de ma mère a toujours été « je ne me souviens pas ».

Je n’ai jamais porté de montre. Je déteste les montres.

Je pense à mon père. Je ne lui ai jamais demandé s’il se souvenait de l’heure de ma naissance, comme si ma mère était la seule porteuse de ma vie.

Le jour s’endort entre les nuages, une ligne rosée serpente le ciel de novembre.

Le 8 novembre 1959 a été un jour de censure pour une femme, pour toutes les femmes. Une entrevue avec Simone de Beauvoir, philosophe, écrivaine et féministe était programmée à l’émission Premier Plan de Radio-Canada. La voix de Simone de Beauvoir, celle qui a écrit le livre Le deuxième sexe en 1949, ne sera pas entendue.

Cédant aux pressions du clergé, Radio-Canada annule la présentation de l’entrevue à la télévision. Dans un communiqué, la Société d’État argue que les propos de Simone de Beauvoir auraient pu blesser les opinions et les croyances du vaste public canadien-français. »3

27 ans plus tard, le 25 mai 1986, l’entrevue de Simone de Beauvoir est enfin présentée à Radio-Canada3. C’est le mois où j’ai quitté mon emploi, mon amoureux et j’ai vendu mon auto et mes meubles pour vivre à Vancouver.

J’avais lu le Deuxième sexe. Ça n’a pas fait de moi une féministe.

J’étais libre. Avoir des amants. Ne pas me marier ni à 20 ans ni à 30 ans. Quitter le bout d’un rang, un village et des villes. Changer de travail. Prendre la pilule à 17 ans. Arrêter de la prendre. Un moment de passion. Sans pilule. Sans condom. Enceinte. Choisir l’avortement. Même si l’amoureux désirait notre enfant. J’étais libre. Je n’avais pas besoin d’être féministe.

Je n’ai pas été agressée, ni violée.

Vers la fin des années 80, je dansais jusqu’à 3 heures du matin au bar Minuit. Les nuits chaudes d’été, au lieu de prendre un taxi, je marchais seule vers chez-moi. Sous les lampadaires de la rue Laurier, mes talons hauts claquaient sur le trottoir. Près du parc, j’enlevais mes souliers. Nus pieds dans l’herbe, la nuit m’appartenait. Je croisais des hommes. Je relevais la tête. Très droite. Mes yeux dans leurs yeux. La sueur, des heures dansées, était encore collée à mon corps, l’air de la nuit nous frôlait. Je ne me souviens plus si je faisais semblant de ne pas avoir peur. Au bout du parc, je remettais mes souliers à talons hauts et 15 minutes plus tard j’étais dans mon lit. J’étais libre. Je n’avais pas besoin d’être féministe.

J’ai reçu des tas de commentaires, ceux qui ramènent à mon sexe, à mon corps de femme. Je me disais ça fait partie du jeu. Je me détournais de ces hommes. J’étais libre. Je n’avais pas besoin d’être féministe.

Un jour, au téléphone, un homme, m’a dit « tu sais que t’es une bitch ». J’aurais pu lui répondre avec le même mot. Je ne l’ai pas fait.

Bitch. C’est la faute au pape Grégoire le Grand, au VIe siècle (vers 591), qui a fait de Marie-Madeleine, une grande pécheresse4. Le « pôvre homme de Dieu » s’était emmêlé dans les histoires des Évangiles. En 1969, l’église catholique a réhabilité la réputation de Marie-Madeleine. Trop tard, le mal était fait. Dans l’imaginaire collectif, Marie-Madeleine restera avec un stigmate. Sexe.

C’est fou ce que l’on peut oublier. Il y a quelques semaines, encore obsédée par le trou de l’heure manquante de ma naissance, j’ai passé au-travers de la boîte des photos et des documents importants de ma mère. Rien. Alors, j’ai fait le ménage de mes boîtes de rangement en pensant que le petit cahier pourrait s’y retrouver. Rien.

J’ai trouvé autre chose.

Comment ai-je pu oublier cette expérience ?

Dans une enveloppe déchirée, deux coupures de journaux. Deux photos jaunies où je suis parmi d’autres femmes. Nous sommes en 1983, je vivais à Saint-Hyacinthe. La première photo est celle où je faisais partie de l’équipe d’un regroupement appelé Le café au féminin. Il avait pour mission de faire connaître aux femmes leurs droits. Et l’autre photo est celle prise lors d’une manifestation contre la violence faite aux femmes, aux agressions à caractère sexuelles et pour notre droit à se promener le jour comme la nuit en toute sécurité. Une marche La rue, la nuit, les femmes sans peur. Je suis au centre de la photo avec une pancarte.5

Tu retrouves des bouts et le parchemin se déroule. Je ne sais plus combien de mois que j’ai été membre de ce regroupement. Malgré une certaine complicité entre les femmes du Café Féminin, je ne me reconnaissais pas dans ce lieu d’échanges et d’aide pour les femmes. Et surtout, j’étais incapable de dire « je suis féministe » parce que je croyais qu’en prenant ce statut, cela voulait dire je n’aimais pas les hommes. Et je les aimais.

Humaniste, je disais. Incapable de dire je suis féministe.

En regardant ces photos, je réalise que mon engagement à 22 ans (si minime soit-il) était déjà un signe de ma préoccupation par la situation des femmes. Mais j’ai pris un autre chemin….

Assise devant la fenêtre, durant des heures, des jours, des semaines, je vais de l’écran au chêne. Au-travers de ses branches nues, les ciels de novembre sont de grands peintres.

Novembre n’est plus. Décembre s’annonce.

J’ai toujours eu peur des armes. Dans la garde-robe de la cuisine de la maison de mon enfance, il y avait une carabine. Elle se tenait debout, dans le coin gauche, cachée derrière les manteaux. Je n’ai jamais demandé à mes parents pourquoi il y avait une carabine dans la garde-robe. L’enfance à trembler devant une porte de garde-robe.

Le mercredi 6 décembre 1989, rue Des Érables, coin Laurier, Montréal, vers 18 h, j’arrive chez-moi. Monter les escaliers jusqu’au 2e, ouvrir la porte de mon appartement, allumer les lumières, enlever mes bottes, mon foulard, mon manteau, ouvrir la porte du frigo, refermer la porte du frigo, ouvrir la télévision. 14 femmes sont tuées par un homme, un seul. Le froid est rentré de partout.

Décembre était triste. Je ne suis pas devenue féministe.

Décembre 2018, je suis au comptoir d’un café. Un client commande et j’attends mon tour. Tout près de moi est assis un homme avec le Journal de Montréal. Actualités. Faits divers. Le visage d’une jeune femme. Ses grands yeux. Je lis « Tuée par son conjoint »6. Deux mots sortent de ma bouche « pas encore…. ». L’homme assis à cette table pense qu’il doit me répondre « peut-être qu’il était jaloux et peut-être qu’elle a fait quelque chose… ». J’entends le propriétaire « Qu’est-ce que tu veux Christiane, un latté ? » Le bruit des ustensiles, des tasses, elle, avec ses grands yeux, couchés dans le journal sur une table, elle, parmi les conversations banales « fait frette, c’est quoi la météo demain ? »

Une voix répète « un latté, Christiane ? » Tremble, fille de novembre.

Je prends la porte. Décembre est triste. Je suis féministe.

Décembre ne s’en va pas. Ça fait 30 ans que c’est le 6 décembre. Et 30 ans, le froid rentre dans mon cœur, dans ma maison et pourtant le chauffage est parti.

Where is the heart ? 7La voix de Leonard Cohen hante mon appartement.

Je ne sais pas si c’était mon état de grande rêveuse, celle d’échappée du réel, ou par un manque de conscience qui me tenait à distance de ce que d’autres femmes vivaient quand j’avais 20, 30, 40 ans.

Depuis quelques années, des livres traînent dans la chambre à coucher, la cuisine, le salon, le bureau et la salle de bain. Je lis sur le mouvement féministe. Des livres, des essais, des articles par des femmes d’ici, d’autres pays, d’autres continents, des jeunes, des plus âgées et de celles qui ne sont plus avec nous. Et des textes d’hommes. J’ai lu, tant lu et je lis encore pour tenter de comprendre où nous nous sommes enchaînés, où notre évolution s’est figée ? Où ?   

« La tendresse, c’est la forme la plus simple de l’amour ». Ces mots sont prononcés le 7 décembre 2019 par l’auteure Olga Tokarczuk, lauréate du prix Nobel de littérature en 20188. Et elle continue. « La tendresse, c’est éprouver une profonde sollicitude pour une autre personne, sa fragilité, sa nature unique… »

11 décembre 2019. De l’autre côté de la fenêtre, la rue, le chêne et les maisons ont disparu, des flocons de neige tourbillonnent à une vitesse folle par un vent déchaîné. Hurle le vent dans un paysage devenu un écran blanc.

18 h. C’est l’heure du bulletin d’information à Radio-Canada. La voix du présentateur « Un drame épouvantable….» Hurle, le vent, hurle, ma voix, hurle… pas encore…

Presser sur le bouton de la manette. Écran noir. Marcher 16 pas jusqu’à mon bureau. Dehors, le paysage a changé, le vent s’est enfui, le chêne, la rue et les autos sont vêtus de neige. Chez les voisins d’en face, des lumières de Noël illuminent leur maison.

Je suis fille de novembre femme humaine féministe. Je rêve d’un rêve. Jour, nuit, marcher, sans peur, maison, rue, bar, plage, parc, nue, habillée, ivre, colère, larme, jalouse, amoureuse, oui, non, peut-être, épuisée, grande, petite, marcher, toi, moi, nous, jour, nuit, sans peur, avec toi, marcher, nous, respiration, peau, cœur, hormone, artère, sang, battement, pulsation, doigt, lèvre, pied, sexe, cerveau, os, œil, oreille, main, c’est toi, c’est moi, c’est elle, c’est lui, ici, là-bas, c’est nous.

Dans mon ordinateur dort la lumière de décembre. C’est une photo d’Elle10. Elle, petite-fille d’une amie, grand-maman pour la première fois. Elle, petite fille de décembre, au si joli prénom que je ne peux dévoiler. Elle, lumière de décembre, couchée dans la blancheur d’un lit. Elle, les yeux fermés. Est-ce qu’Elle a déjà un rêve ? Elle, les avant-bras repliés de chaque côté de sa tête. Elle, son visage dans l’une de mes nuits sans sommeil, est venue me souffler des mots. Elle, ma Muse et qui ne le sait pas.

Le vendredi 6 décembre 2019 à 13 h 03, la courbure de la terre s’est adoucie. C’est le jour où Elle est née.

Elle, Fille de décembre,
de tendresse, je t’enveloppe,
de tendresse, Nous t’enveloppons.

Christiane, Fille de novembre

Le 16 décembre 2019

© 2019  Espace Mouvant – Christiane Martin

SOURCES 

1 https://ici.tou.tv/polytechnique-ce-qu-il-reste-du-6-decembre

2Chimamanda Ngozi Adichie. Nous devrions tous être féministes, Gallimard, 2015, 96 pages.

 -TED TALK. (en français) :  https://www.ted.com/talks/chimamanda_ngozi_adichie_we_should_all_be_feminists/transcript?language=fr#t-1746418

3 Simone de Beauvoir

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1144992/simone-beauvoir-ecrivaine-philosophe-entrevue-censure-archives

-Et voici un lien via facebook lors de la diffusion en 1986. Avant d’entendre Simone de Beauvoir, il y a une courte entrevue avec Wilfrid Lemoyne qui avait fait l’entrevue en 1959.

-Communiqué de presse de Radio-Canada du 13 novembre 1959 
https://www.scribd.com/document/397047923/Communique-de-Radio-Canada-sur-l-entrevue-avec-Simone-de-Beauvoir

Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir, Éditions Gallimard, 1949

4 « Pendant des siècles, les chrétiens occidentaux ont dépeint Marie-Madeleine comme une ex-prostituée, une histoire qui trouve sa source au VIe siècle, moment où le pape Grégoire le Grand a assimilé Marie-Madeleine à une pécheresse anonyme apparaissant dans le chapitre précédent sa présentation dans l’Évangile selon saint Luc. Ce n’est qu’en 1969 que l’Église catholique a mis fin à des siècles de mauvaise réputation pour Marie-Madeleine en affirmant qu’elle n’était pas la pécheresse mentionnée par saint Luc. Les orthodoxes ne l’ont, pour leur part, jamais décrite comme une prostituée.
»https://www.lesoleil.com/actualite/monde/marie-madeleine-figure-feministe-2000-ans-avant-le-moiaussi-e2381c91885ca4bda8cfaea86af92ac0

5 Archives Le Courrier de Saint-Hyacinthe

 -28 septembre 1983, cahier A, page 1.
http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2596757?docsearchtext=une%20nuit%20sans%20peur
-8 juin 1983, cahier C, page 1
http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2596671?docsearchtext=caf%C3%A9%20au%20f%C3%A9minin

6 https://www.journaldemontreal.com/2018/12/16/meurtre-a-saint-jean-sur-richelieu

7 Thanks for the dance, album posthume de Leonard Cohen, Sony Music, 2019

https://www.lapresse.ca/arts/musique/201911/21/01-5250665-adam-et-leonard-cohen-une-ultime-etreinte.php

8 Olga Tokarczuk

https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2018/tokarczuk/104871-lecture-english/

« Tenderness is the most modest form of love » «Tenderness is deep emotional concern about another being, its fragility, its unique nature, and its lack of immunity to suffering and the effects of time.» (Traduction libre à partir de la version anglaise du discours d’Olga Tokarczuk, récipiendaire (2019) du prix Nobel de littérature – 2018, livré en polonais.)

– Pourquoi Olga Tokarczuk n’a pas prononcé son discours pour le prix Nobel de littérature en 2018 :
https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/olga-tokarczuk-prix-nobel-de-litterature-2018-la-15e-femme-distinguee-depuis-1901_3653023.html

9 https://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/site/episodes/450308/episode-du-11-decembre-2019?isautoplay=true

10 Par respect pour les parents (à leur demande), le prénom et la photo de la petite ne sont pas partagés sur les réseaux sociaux.

2 Replies to “FILLE DE NOVEMBRE, FILLE DE DÉCEMBRE”

  1. Un beau texte profond Christiane que je vais relire plusieurs fois! Belle réflection sur le féminisme et comment la société a rendu le terme péjoratif au point où certaines femmes ont peur d’y être associées alors qu’il ne s’agit que de revendiquer nos droits fondamentaux. Il y a encore tellement de chemin à faire, rien n’est encore acquis pour nos filles et nos petites-filles…

    1. Merci Suzanne, amie depuis si longtemps, Merci, tes mots me réconfortent. Oui, tant de chemin à faire, encore, car les droits basculent des fois trop rapidement de l’autre côté. Et certains droits acquis retournent parfois en arrière, alors, demeurons vigilant.es. Tendresse, Christianexx

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